Les frais funéraires auraient de toute façon été exposés un jour. Le préjudice indemnisable n'est pas leur montant, mais le coût de leur paiement anticipé.
En bref
- Au décès accidentel de la victime, ses proches exposent des frais funéraires. Or ces frais auraient été exposés de toute manière, des années plus tard, au décès « naturel ».
- Le préjudice est donc la différence entre payer aujourd'hui et payer au décès naturel : c'est un préjudice d'anticipation, une pure question d'actualisation et de probabilités de survie.
- Plus la victime était jeune, plus l'anticipation est longue et plus le préjudice se rapproche du montant total des frais ; pour une victime très âgée, il tend vers zéro.
Exemple introductif
Un homme de 40 ans décède accidentellement ; les funérailles coûtent 5 000 €. Sans l'accident, il aurait vécu en moyenne 46,5 ans de plus, et les 5 000 € (payés alors) ne « vaudraient » aujourd'hui, au taux de 2 %, qu'environ 41 % de leur montant :
La formule
La valeur actuelle attendue d'un euro payé au décès naturel de la victime se note (« capital différé au décès ») ; les décès de chaque année future sont supposés survenir en milieu d'année :
où est la survie « virtuelle » de la victime à années (table choisie, âge exact) et la probabilité de décéder pendant la k-ième année. Le préjudice s'en déduit :
avec le montant des frais. Pour des frais indexés (leur coût suit l'inflation), l'actualisation se fait au taux net , ce qui augmente et réduit le préjudice d'anticipation ; à l'inverse, frais constants et taux d'intérêt élevé maximisent le préjudice.
L'impact des paramètres
Frais de 5 000 €, taux 2 % constant, calcul 2026 :
| Situation | Ax | Préjudice |
|---|---|---|
| Homme 40 ans, Méthode Jaumain | 0,411 | 2 946 € |
| Homme 40 ans, Tables Indemnity | 0,413 | 2 934 € |
| Homme 40 ans, Tables Schryvers | 0,427 | 2 867 € |
Le choix de la table joue modérément (±3 % entre extrêmes) : une table à espérance de vie plus longue (Méthode Jaumain) repousse le décès naturel, diminue et augmente le préjudice d'anticipation.
L'effet dominant est l'âge : à taux et table constants, le préjudice représente une part des frais qui décroît continûment avec l'âge de la victime : élevée pour un enfant (décès naturel très lointain), faible pour une personne de 90 ans.
Points d'attention
- Le montant à saisir est celui des frais réellement exposés et justifiés ; la question de leur caractère raisonnable est juridique.
- Un taux d'intérêt nul annule mécaniquement le préjudice d'anticipation (payer aujourd'hui ou dans 40 ans coûte alors pareil) : ce calculateur est, de tous, le plus sensible au choix du taux.
- Si les proches ont souscrit une assurance obsèques ou si un tiers a supporté les frais, l'assiette du préjudice s'en trouve modifiée, en amont du calcul actuariel.